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Après-quota : accord presque finalisé à Iscal,

                            blocage total à la RT

par Valerie Vercammen, Secrétaire Général de la CBB

 

 

 

Décidément, la campagne 2016 aura été atypique jusqu’au bout : après un printemps particulièrement pluvieux, l’automne est à présent tellement sec que les récoltes sont très difficiles. Des semis tardifs, de mauvaises conditions de croissance en mai et en juin, la pourriture due à l’Aphanomyces : cette campagne ne risque pas de figurer parmi les meilleures. Nos deux fabricants de sucre viennent de revoir leurs estimations de production à la baisse. Après 5 bonnes campagnes, nous devons faire face à une mauvaise année. C’est particulièrement dommage car c’est la dernière fois que les planteurs pourront profiter d’une campagne avec un prix minimum garanti pour la betterave. Les betteraves actuellement récoltées seront les dernières “betteraves en quota”. Qu’en sera-t-il pour les betteraves que vous sèmerez au printemps 2017 ?

 

ISCAL : un accord interprofessionnel va être finalisé

La CBB se réjouit qu’un accord interprofessionnel ait été conclu entre Iscal et les Comités de coordination des Flandres et du Hainaut. Les conditions d’achat des betteraves pour la campagne 2017-2018 sont maintenant fixées. Il ne reste plus qu’à mettre en forme le texte définitif de l’accord.

La CBB estime que cet accord est équilibré et qu’il répond aux positions qu’elle a toujours défendues, à savoir un prix rémunérateur, un prix concurrentiel, une répartition équitable des risques et des opportunités entre planteurs et fabricants et l’application des accords de priorité liés à la participation des planteurs à travers Sopabe (actionnariat).

En résumé, un prix de base de 26,29 € par tonne de betterave à 16° a été fixé pour un prix du sucre de 404 € par tonne. L’accord sur la répartition de la plus-value des ventes de sucre a été prolongé d’un an. Des conditions supplémentaires ont été ajoutées en raison de la suppression du prix minimum pour la betterave : il a fallu prévoir le partage des risques au cas où le prix du sucre pourrait descendre sous le seuil des 404 € la tonne. L’accord a été conclu pour une campagne. Vous pouvez en lire les détails en page 4 du Betteravier.


 

RAFFINERIE TIRLEMONTOISE : une situation bloquée

Les négociateurs du Comité de Coordination des Planteurs de Hesbaye ont rencontré la direction de la Raffinerie Tirlemontoise fin septembre. Les planteurs sont allés à cette réunion avec un esprit positif dans l’espoir de trouver une solution et prêts à de nouvelles concessions. La déception a été grande car ils se sont retrouvés face à un mur. La réponse des fabricants était invariable : la proposition qui est sur la table est “à prendre ou à laisser”. Le fabricant a ajouté qu’il n’y changerait pas une virgule et a conseillé aux négociateurs de ne pas insister.

La CBB est extrêmement inquiète. Le temps des belles déclarations sur le “partenariat” est révolu et laisse place au malaise. Il est extrêmement décevant d’apprendre que ces 18 mois de négociations n’ont été qu’une illusion, puisque notre partenaire de négociation n’a jamais voulu ou eu la possibilité de négocier. La RT a voulu ou dû imposer unilatéralement les conditions du groupe Südzucker sans avoir voulu ou pu faire la moindre petite concession. (Vous trouverez le rapport des négociateurs du Coco Hesbaye en page 2 du Betteravier)


Reprise du marché mondial : mise au point

Entretemps, la RT répand la “bonne nouvelle” que le marché du sucre se redresse et que les prix de la betterave pour 2017, tels qu’ils figurent dans leur proposition, vont être intéressants pour les planteurs. Il me semble nécessaire de faire une mise au point à ce sujet. C’est vrai que le prix du sucre sur le marché mondial a atteint de nouveau 600 $ USD par tonne. En revanche, dans le rapportage des prix de la Commission européenne, même si elle semble probable, la reprise n’apparaît pas (la notation du mois de juillet 2016 n’est encore que de 437 € la tonne). Tous les fondamentaux économiques vont dans le sens d’un redressement du marché. Une période de pénurie est prévue à l’échelle mondiale avec une consommation de sucre supérieure à l’offre. C’est la loi de l’offre et la demande. Les prix européens vont probablement suivre la même tendance que les prix du marché mondial, avec un délai habituel d’1 an (à cause de la conclusion des contrats). De là à dire que la reprise va se maintenir, c’est une autre affaire. À partir du 1er octobre 2017, les fabricants de sucre européens vont littéralement inonder le marché avec une production de sucre supplémentaire de 20 % alors que la consommation de sucre en Europe stagne et risque même de régresser suite à l’instauration de différentes nouvelles taxes sur le sucre. Il y aura bien sûr la possibilité d’exporter le surplus sans limite mais cela suffira-t-il ? (En page 11 du Betteravier, vous pouvez lire notre analyse sur les perspectives d’exportation)

Rappelez-vous les mesures exceptionnelles de 2012 quand la Commission a permis l’importation de 600.000  tonnes de sucre supplémentaires et le reclassement de 600.000 t de sucre hors quota en sucre du quota. À l’époque, ces 1,2 Mt de sucre supplémentaires ont été durement ressenties : le prix du sucre européen a plongé de 700 € à 400 € la tonne en un peu plus d’un an. Cette baisse des prix était la conséquence d’une augmentation de l’offre d’environ 7%. À quelles conséquences devons-nous nous attendre avec une hausse de la production de 20% ? Et comment les industries utilisatrices de sucre vont-elles réagir au nouveau marché à terme pour le sucre qui va être lancé d’ici quelques semaines ? Et qu’en sera-t-il de la guerre des prix annoncée pour éliminer les fabricants de sucre les moins compétitifs ? Cette stratégie sera-t-elle abandonnée pour pouvoir bénéficier des bons prix ? La loi de l’offre et la demande, vous savez bien. Ne vous laissez donc pas trop vite séduire par cet argument.

 

 

 

 

 

 



 

 

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