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Lutte contre la jaunisse virale: un bilan inquiétant

par Peter Haegeman, Secrétaire général CBB

Vous souvenez-vous que l’année dernière, pour la première fois depuis des décennies, chez nous, mais aussi dans le reste de l’Europe, nous avons pu semer des graines de betteraves enrobées ou non de néonicotinoïdes ? Après de longues discussions et une lutte acharnée de vos représentants, les États membres européens ont finalement interdit ces substances actives et cette façon de travailler. Malgré tous les arguments rationnels et de nombreuses études, le principe de précaution et le «bien-être» des abeilles ont prévalu. Les planteurs de betteraves ont dû revenir aux anciennes techniques telles que la pulvérisation foliaire, pour lutter contre les maladies et les parasites.

Vous rappelez-vous aussi du bilan rassurant qui avait été dressé de cette première année sans néonicotinoïdes au début de la campagne betteravière 2019/20? L’attention s’était alors focalisée sur les conditions météorologiques plus ou moins favorables et la conclusion était que la disparition des néonicotinoïdes n’avait finalement pas eu les conséquences aussi désastreuses que prévues sur la culture et sur les rendements betteraviers.

Et en Belgique, l’autorisation d’urgence permettant de traiter et de semer des graines enrobées avec des néonicotinoïdes n’avait même pas été utilisée massivement. Vu les conditions strictes de cette autorisation, ce n’était pas surprenant. Mais les «observateurs» ont supposé que même les agriculteurs ne croyaient plus aux néonicotinoïdes. 

Lorsque nous avons prévenu l’année dernière que nous avions peut-être eu de la chance, nous n’avons pas reçu beaucoup de soutien. Les conditions météo n’étaient pas très favorables aux insectes nuisibles et, après de nombreuses années d’utilisation de semences enrobées, les maladies n’auraient probablement pas pu se développer pleinement pendant la première saison sans néonicotinoïdes. Lorsque nous avons plaidé pour que les néonicotinoïdes ne soient pas définitivement radiés, nous avons même été accusés de mener un combat d’arrière-garde...

Au cours des dernières semaines, ce discours a changé. Cela est sans aucun doute dû à la pression croissante exercée par les pégomyies et les pucerons verts, mais aussi aux symptômes de jaunisse virale qui sont déjà observés. Non seulement en Belgique, mais aussi dans un certain nombre de pays producteurs de betteraves importants tels que l’Allemagne, la France et l’Autriche où la situation se détériore sensiblement. Depuis des semaines, nos collègues envoient des messages alarmants.

Dans le cadre de la CIBE, nous continuerons donc à sensibiliser les décideurs européens en attirant une fois de plus leur attention sur ces problèmes. Pourquoi jeter à la poubelle une approche éprouvée et très ciblée contre la jaunisse et contraindre les producteurs de betteraves à recourir à des solutions moins efficaces, moins durables et plus coûteuses ? Tout cela s’inscrit en plus dans le cadre de la stratégie «de la ferme à la fourchette» que la Commission a présentée fin mai. Une fois de plus, cette stratégie excelle par sa volonté (aveugle) de réduire les produits de protection des cultures, sans tenir compte de l’impact concret. De beaux objectifs, mais le trajet qui y mène promet beaucoup de victimes ...

Et dans notre propre pays, nous allons répéter haut et fort notre plaidoyer pour de nouvelles autorisations d’urgence, au moins pour les produits et les substances actives qui sont encore disponibles sur le marché.

Soyons clair : nous continuerons à défendre cette utilisation particulière des néonicotinoïdes parce que les semences enrobées font partie des outils indispensables dont les betteraviers ont besoin pour assurer la pérennité de leur métier.

Cette utilisation est actuellement la solution la moins mauvaise en attendant de trouver d’autres outils plus performants sur tous les plans; sur le plan économique pour la survie des planteurs, sur le plan de la biodiversité pour la société actuelle et en faveur de la réduction des émissions de carbone pour les générations futures, ...

Nous espérons que nos ministres de l’agriculture et l’administration de la santé publique feront preuve d’autant de pragmatisme et de bonne volonté que ces dernières années. Ils peuvent sans aucun doute compter à nouveau sur l’expertise de l’IRBAB.

Permettez-moi de terminer par une autre question. Vous souvenezvous qu’au début de la crise du Covid-19, la souveraineté alimentaire de l’Europe et le rôle crucial de l’agriculture dans ce domaine ont fait l’objet de nombreux discours ? Dans les semaines et les mois à venir, on verra si ces déclarations étaient sincères ou s’il ne s’agissait que de paroles en l’air…

 

 

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