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Bilan 2019 et perspectives 2020

par Marcel Jehaes, Président CBB

Au moment où vous lirez votre Betteravier, la campagne 2019 approchera de son terme. Que retiendra principalement le planteur belge de l’année 2019 ? Tout d’abord et surtout des comptes dans le rouge voire à peine positifs pour les plus performants. Ceci résulte d’une récolte 2018 mal rémunérée suite à des ventes de sucre catastrophiques de nos entreprises sucrières. La situation des planteurs de la RT est la moins enviable du pays et ce malgré l’ajout d’un complément de prix assez significatif.

Ce même planteur se souviendra aussi que les usines de Fontenoy et de Longchamps ne sont jamais parvenues à travailler à leur capacité nominale. Les raisons de ces sous-capacités de travail ne sont apparemment pas les mêmes pour les deux outils mais dans les deux cas, une analyse sérieuse en intercampagne s’impose avec en résultante les moyens nécessaires pour les reparamétrer correctement. Pas besoin d’ajouter que cet allongement de campagne hors norme et inédit est préjudiciable financièrement à toute la filière sucre (planteurs, transporteurs, industriels). En tout cas, il doit absolument rester exceptionnel sinon il aboutira à une perte totale de confiance entre les différents partenaires. Cette même confiance est déjà trop mise en cause par cette sinistre conjoncture actuelle. Il me paraît utile de rappeler aussi que nous ne disposerons pas toujours d’un hiver aussi clément.

A présent, regardons les perspectives pour 2020. Tous les experts et analystes financiers annoncent depuis quelques mois un marché mondial du sucre à la hausse car la production mondiale est sensiblement déficitaire par rapport à la consommation. Dans les faits, la remontée des cours à ce jour reste modérée. Cet état de fait serait lié à l’attitude attentiste de l’Inde qui dispose d’un stock de sucre à exporter de 6 millions de tonnes et qui tarde à le faire. En conclusion, la baisse du rapport stock sur consommation est profitable à la remontée des cours. 

Remarquons aussi que sur le marché européen, les prix spot (ventes de sucre journalières non contractées) atteignent plus de 400 euros voire 450. La fermeture définitive de plusieurs sucreries européennes ainsi que l’abandon de la culture de la betterave par un nombre significatif d’agriculteurs sans trouver de repreneur accentuera la diminution de la production de sucre européen en 2020. Pour la deuxième année consécutive, l’Union européenne sera très probablement importatrice nette de sucre. Dans ce contexte, les prix de la betterave 2020 devraient enfin redevenir rémunérateurs et récompenser les plus patients.

Par l’action de la CIBE et avec ses collègues européens, la CBB s’efforce d’influencer la Commission européenne pour que les bons enseignements soient tirés de cette terrible crise sucrière. Notre rôle à tous consistera à ce que des initiatives adéquates soient prises pour éviter ce lamentable scénario à répétition. L’exercice sera complexe car différents éléments plaident à charge ou à décharge de notre secteur. Pour commencer, le Brexit qui est devenu inévitable et pourrait nous coûter un débouché de 500.000 tonnes de sucre. Il est à espérer que la Commission européenne et le Royaume-Uni arrivent à un accord commercial de libre échange incluant le sucre. La réponse sera connue dans un an ou deux.

Ensuite, il y a la prochaine réforme de la PAC dont le financement menace d’être revu fortement à la baisse. La nouvelle Commission a annoncé ses nouvelles priorités et notamment son pacte vert pour l’UE (European Green Deal). Ce pacte peut être une opportunité pour la bioéconomie et les biocarburants mais aussi une menace pour le financement de la PAC et par conséquent pour le revenu agricole. La Commission sera fortement influencée par un nouveau parlement assez vert et donc très sensible aux arguments des environnementalistes. Les Etats membres se sont montrés favorables au Green Deal même si certains demandent de tenir compte de leurs spécificités nationales. Les nouveaux défis sont multiples mais ne doivent pas occulter les menaces actuelles telles que les accords bilatéraux (Mercosur, CETA), l’agribashing, les restrictions sur l’usage des produits de protection des plantes, etc.

Je terminerai en rappelant que 2020 sera certainement une année déterminante pour le projet de la CoBT: la décision de construire la sucrerie de Seneffe devrait être prise et communiquée officiellement prochainement. Le paysage sucrier belge pourrait être fortement transformé de même que nos structures syndicales betteravières.

Quel que soit le sort de ce dossier et face aux nombreux défis à relever, les planteurs belges et européens doivent plus que jamais aborder l’avenir à l’unisson pour assurer la pérennité de leur métier.

 

Vous trouverez les prix moyens des graines de betteraves pour la campagne 2020 en cliquant ici.

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