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Fiançailles et mariage

 par Marcel Jehaes, Président CBB

Comme mentionné dans l’édito du mois dernier, de nombreux planteurs vont devoir prendre position sur deux dossiers de participation dans le capital de deux groupes sucriers très différents. D’emblée, précisons que ces dossiers ne sont pas spécialement concurrents. Leurs réussites de concert sont possibles, voire souhaitables si l’offre supplémentaire de sucre belge trouve acquéreur sur un marché européen qui serait à nouveau régulé par la fermeture de sucreries moins performantes et externes à notre pays. La crise que nous vivons actuellement pourrait provoquer ce scénario. Fiançailles ou mariage ? Pour le planteur, l’engagement n’est pas le même, le risque non plus et a fortiori la sortie éventuelle. Chacun dans sa situation particulière doit y réfléchir, surtout dans le cas du mariage.

Les fiançailles : c’est le dossier de la SOPABE-T. Il concerne tous les planteurs de la Raffinerie Tirlemontoise qui devront se prononcer sur une conversion partielle des fonds correspondant à la deuxième, troisième et quatrième tranche de participation en actions Südzucker. Voici un an, la SZVG, équivalent allemand de la SOPABE-T et actionnaire majoritaire de Südzucker, a repris contact avec nous. Son directeur, Fred Zeller, voulait débattre avec nous de l’intérêt de convertir nos placements en actions Südzucker et d’intégrer progressivement notre société de participation à la sienne.

Aujourd’hui, nous avons une proposition plus détaillée qui mérite de retenir l’attention de tous. Celle-ci est décrite en page 3 et sera réexpliquée lors des réunions des cercles de membres auxquelles vous êtes conviés. Cette proposition a l’avantage d’être progressive et permet de sortir sans difficultés pendant les deux premières années. C’est une précaution qui nous donnera un peu plus de clairvoyance avant de décider d’aller plus loin vu le contexte économique et environnemental actuel : évolution du marché du sucre européen et des pratiques phytosanitaires sans oublier les conséquences du Brexit sur le marché sucrier belge. En effet, si le Royaume-Uni devait réduire fortement ses importations de sucre essentiellement français, ce sucre ne risque-t-il pas d’aboutir massivement dans nos contrées ? Pendant cette période de deux ans, chaque planteur voulant abandonner la culture disposera des mêmes conditions de revente que ceux qui le font actuellement. Si les planteurs suivent l’avis du CA et de l’AG, on pourra qualifier cet événement de fiançailles de la SOPABE-T avec la SZVG. Le but de l’opération est pour les planteurs allemands de renforcer leur position d’actionnaire majoritaire et pour les planteurs belges, de garantir au mieux la pérennité de leur outil industriel et de combler à terme l’écart de prix de la betterave qui les pénalise pour le moment.

La proposition de mariage concerne tous les planteurs intéressés par la sucrerie de Seneffe, projet de la CoBT. Il leur est proposé de s’engager via une souscription de 30 euros/tonne de betterave contractée. Pratiquement tout le bénéfice net de l’activité industrielle leur reviendra à l’exception du dividende à verser aux actionnaires minoritaires (parts S et F). Ce bénéfice dépendra certes avantageusement des meilleures performances techniques de ce nouvel outil (bilan énergétique exceptionnel, valorisation optimale des coproduits et très grande capacité de stockage du sucre) mais aussi du prix final auquel sera vendu le sucre produit. Sur ce point, nul ne peut s’avancer sérieusement ni prétendre que, dès le début de son activité, la sucrerie de Seneffe fera une place sur le marché européen et vendra son sucre au même niveau de prix que ses concurrents. De plus, il s’agit d’une structure sous forme de coopérative où le facteur humain est prépondérant dans la réussite du projet. Ce sont des inconnues qui s’ajoutent à celles du contexte économique et environnemental évoqué précédemment.

Seul l’avenir nous permettra de connaître les réponses. Voilà pourquoi comme dans tout mariage, le risque est plus élevé avec un destin qui peut être très profitable et très heureux ou très ruineux et très malheureux. La lecture du prospectus validé par la FSMA (autorité des services et marchés financiers) s’impose avant toute décision de souscription. Comme nous l’avons déjà exprimé, pour tous les planteurs, la réussite des deux projets est de loin le meilleur scénario pour notre profession.

Enfin, soulignons un dernier point d’actualité avec l’aboutissement du dossier néonicotinoïdes. Nous sommes évidemment satisfaits de la décision d’autoriser temporairement que les semences de betteraves sucrières enrobées de la thiaméthoxame, de la béta-cyfluthrine ou de la clothianidine peuvent être semées sur le territoire belge du 15 février jusqu’au 14 juin 2019 moyennant une série de conditions.

Cette décision est le fruit d’une préparation méticuleuse d’un bon dossier technique. Merci donc à l’IRBAB d’avoir été un des moteurs principaux de ce travail ! Mais c’est surtout le bon sens qui l’a emporté. Cette décision était vraiment nécessaire : nous ne possédons pas d’alternatives à part entière en Belgique à court terme pour remplacer les néonicotinoïdes.

Nous sommes néanmoins soumis à des conditions et à des sanctions rigoureuses, auxquelles les agriculteurs devront s’adapter en ce qui concerne leur choix de culture et la rotation des cultures.

Maintenant, toutes les parties concernées (planteurs, organisations de planteurs, fabricants de sucre, semenciers, ...) devront les mettre en pratique.

Toute la filière devra pleinement y coopérer, notamment en ce qui concerne la communication envers nos planteurs (via la CBB, les fédérations, les agronomes des usines, ...).

À moyen terme, la recherche de solutions de remplacement déjà en cours devra conduire à des résultats utiles et déboucher sur des options alternatives durables.

La filière sucre continuera à s’engager dans ce domaine et demande que la recherche scientifique fondamentale et appliquée (surtout par l’IRBAB) soit soutenue, à l’avenir aussi.

Je voudrais terminer en vous souhaitant à tous une bonne fin d’année et une année 2019 inspirante, heureuse et en santé.

 

 

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Communiqué de presse CBB - Campagne betteravière 2018-19 atmosphère de crise

Abeilles et betteraves.

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