CBB asbl (Confédération des Betteraviers Belges)

De la ferme à la table …

qui finit dans l’assiette de l’agriculteur

Peter Haegeman, secrétaire général de la CBB

Au moment d’écrire ces lignes, la conférence de l’ONU sur le changement climatique (la fameuse «COP26») bat son plein à Glasgow.
De nombreux gouvernements ont dévoilé leurs plans de lutte contre le changement climatique. Ambitieux ou moins radicaux, bien pensés ou naïfs, il y a beaucoup à dire sur ces plans chiffrés ou le plus souvent, sur ces déclarations d’intentions.
La Commission européenne, le «gouvernement» de l’Union européenne, fait preuve d’un zèle particulier lorsqu’il s’agit de rédiger des textes politiques pour progresser vers une Europe climatiquement neutre d’ici à 2050. Son Green Deal est l’un des fleurons en la matière.
L’une des pierres angulaires du Green Deal est la stratégie «de la ferme à la table». Dans l’optique d’une agriculture durable, la Commission européenne souhaite réduire de moitié l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, diminuer d’au moins 20 % l’utilisation des engrais et consacrer 25 % des terres agricoles à l’agriculture biologique d’ici 2030. Cette stratégie a été adoptée par le Parlement européen à la mi-octobre à une large majorité.
Malgré des critiques non négligeables, la Commission a à peine répondu aux objections formulées pourtant à juste titre. Je voudrais vous en commenter quelques-unes car elles concernent particulièrement la culture de la betterave. Ces objections ne sont pas nouvelles. Mais vu l’impact de cette stratégie, elles méritent d’être répétées.

“Les meilleures intentions peuvent conduire aux pires catastrophes.
Ici, surtout en agriculture.”

En matière de produits phytosanitaires, il s’agit souvent de choix de principe, voire dogmatiques, sans se soucier de l’absence d’alternatives. Or, ces produits ne sont pas utilisés à la légère. Ils sont coûteux et souvent assez complexes pour être utilisés avec la plus grande parcimonie. Leur interdiction et l’absence de solutions de remplacement augmentent le risque de récoltes fortement réduites voire d’échec. Le cas des néonicotinoïdes et de la jaunisse
en est le parfait exemple.
La situation devient encore plus dramatique si, comme l’envisagent les études d’impact, l’on en viendrait à devoir importer en dehors de l’Union européenne pour compenser les pénuries. Ou
comment l’imposition d’objectifs irréalisables et inabordables peut conduire à importer des produits issus d’une agriculture dont l’Europe ne veut pas. Les conditions de concurrence équitables que l’agriculture européenne est en droit d’attendre sont donc complètement reléguées au second plan. Ici, nous devons respecter des règles strictes, alors que nous importons des matières premières et des produits auxquels pratiquement aucune règle ne
s’applique. Comme quoi, les meilleures intentions peuvent conduire aux pires catastrophes. Surtout en agriculture.
Dans les mois à venir, les différentes composantes du Green Deal et donc de la stratégie de la ferme à la table seront élaborées. Là aussi, nous devrons rester vigilants pour préserver, voire augmenter, les revenus des agriculteurs, éviter de les mettre dans des situations intenables et maintenir la compétitivité de notre agriculture européenne. Il faut espérer que les incitations seront suffisantes pour que l’agriculture s’engage pleinement sur la voie de la neutralité climatique. N’oublions pas que cette voie offre également des opportunités que les agriculteurs, et les betteraviers en particulier, peuvent saisir. ■

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